Découverte de talents, promotion d’entreprises, campagnes publicitaires, mobilisation pour des causes sociales… L’influence digitale est devenue une véritable activité économique en Côte d’Ivoire. Mais quel statut pour ceux qui l’exercent ? Lors d’un direct sur Yaka Yaka, les influenceurs Maabio et Apoutchou National ont plaidé pour une meilleure structuration de leur métier, avec notamment un cadre juridique et fiscal plus clair.
Une prise de parole au cœur des polémiques du Web ivoirien
Alors que les réseaux sociaux ivoiriens étaient animés par plusieurs dossiers très commentés, notamment la mobilisation autour de la santé de l’actrice Bleu Brigitte et l’affaire liée à l’entreprise immobilière de Rita Djédjé, le débat s’est progressivement déplacé vers une question plus large : quelle responsabilité pour les influenceurs lorsqu’ils font la promotion d’une entreprise ou d’un produit ?
Invités dans le cadre d’un direct sur le Live TikTok de Yaka Yaka, Maabio et Apoutchou National ont souhaité dépasser les polémiques pour poser la question de la reconnaissance professionnelle des créateurs de contenus.
Selon eux, l’influence digitale est aujourd’hui bien plus qu’une activité occasionnelle sur les réseaux sociaux.
« Ce que nous faisons est un vrai métier. Nous en vivons, nous faisons la promotion de notre culture, de notre pays et des entreprises locales. Mais nous opérons sans aucune protection juridique. »
Une position qui soulève une question devenue centrale avec l’explosion de l’économie des créateurs : comment encadrer une profession qui génère désormais des revenus importants, tout en protégeant les influenceurs, les entreprises et les consommateurs ?
Les intervenants se sont notamment déclarés favorables à une formalisation fiscale de leur activité et ont évoqué leur volonté de payer des impôts sur leurs revenus, à condition de bénéficier en retour d’un cadre légal clairement défini.
Affaire Rita Djédjé : Apoutchou National demande pardon aux victimes
L’un des passages les plus marquants de l’émission concerne l’affaire liée à l’entreprise immobilière de Rita Djédjé.
Apoutchou National est revenu sur sa participation à des opérations de communication autour de l’entreprise et a présenté ses excuses aux personnes qui auraient subi des pertes après avoir fait confiance aux offres promues.
L’influenceur a également affirmé que sa propre famille avait été directement touchée par cette affaire.
Selon son témoignage, sa mère aurait perdu 10 millions de francs CFA après avoir voulu lui acheter un terrain auprès de l’entreprise concernée.
Cette révélation donne une dimension particulière à son argumentaire : Apoutchou National affirme avoir lui-même été exposé aux conséquences de l’opération qu’il avait contribué à promouvoir.
Il insiste cependant sur la distinction qu’il convient, selon lui, de faire entre le rôle d’un influenceur et celui du dirigeant ou du gestionnaire d’une entreprise.
« Les gens doivent faire la différence entre l’image de l’influenceur et la gestion de l’entreprise partenaire. Nous ne sommes pas les gestionnaires de ces sociétés. »
Cette question est appelée à prendre de l’importance à mesure que les influenceurs deviennent des intermédiaires commerciaux capables de toucher, en quelques heures, des centaines de milliers voire des millions de personnes.
Quelle responsabilité lorsqu’un influenceur recommande une entreprise ?
Derrière cette polémique se trouve un véritable enjeu pour l’économie numérique ivoirienne.
Lorsqu’un influenceur accepte de promouvoir une entreprise, où s’arrête sa responsabilité ? Est-il uniquement un prestataire chargé de donner de la visibilité à une marque ? Doit-il vérifier la fiabilité de l’entreprise avant d’accepter une campagne ? Et dans quelles circonstances peut-il être tenu responsable des conséquences d’une promotion ?
Ce sont autant de questions auxquelles un cadre professionnel plus précis pourrait tenter de répondre.
Pour les créateurs de contenus, une réglementation permettrait également de clarifier leurs obligations et leurs droits dans leurs relations avec les annonceurs.
Comptes bancaires gelés et interdiction de voyager : Apoutchou évoque sa situation
Au cours de l’émission, Apoutchou National a également évoqué sa situation personnelle et les conséquences de ses récents démêlés judiciaires.
Il affirme notamment que ses comptes bancaires sont toujours gelés et qu’il fait l’objet d’une interdiction de quitter le territoire ivoirien, ce qui l’empêcherait notamment de se rendre en France pour voir ses enfants.
Avec émotion, l’influenceur a rappelé son choix de rentrer en Côte d’Ivoire après plusieurs années passées en France.
« C’est par amour pour mon pays que j’ai tout quitté en France en 2022 pour rentrer m’installer en Côte d’Ivoire. »
Les autres participants au débat ont, de leur côté, appelé à la clémence des autorités et plaidé pour qu’une solution lui permette notamment de subvenir aux besoins de ses enfants et de sa mère.
Vers un statut officiel de l’influenceur en Côte d’Ivoire ?
Au-delà du cas personnel d’Apoutchou National, le débat posé sur Yaka Yaka soulève une problématique beaucoup plus large : faut-il créer un véritable statut professionnel pour les influenceurs en Côte d’Ivoire ?
Une éventuelle structuration pourrait notamment porter sur plusieurs axes :
1. Clarifier la responsabilité juridique
Les contrats entre influenceurs, agences et annonceurs pourraient préciser clairement les responsabilités de chaque partie lorsqu’une campagne commerciale est diffusée.
2. Formaliser l’activité sur le plan fiscal
Les créateurs de contenus pourraient être davantage intégrés au circuit économique officiel, avec des règles claires concernant la déclaration des revenus, la fiscalité et les différents statuts professionnels possibles.
3. Mettre en place une charte éthique
Une charte professionnelle pourrait notamment encadrer la promotion de produits financiers, immobiliers, médicaux, alimentaires ou de services présentant un risque particulier pour les consommateurs.
4. Protéger également le public
La professionnalisation ne devrait toutefois pas uniquement viser à protéger les influenceurs. Elle devrait aussi renforcer la protection des consommateurs et responsabiliser les créateurs lorsqu’ils recommandent publiquement un produit, un service ou une entreprise.
L’influenceur, un nouveau métier de l’économie numérique africaine ?
Le débat ivoirien dépasse finalement la seule personnalité d’Apoutchou National.
Avec la montée en puissance de TikTok, Facebook, Instagram, YouTube et d’autres plateformes, les créateurs de contenus sont devenus de véritables acteurs de la communication commerciale. Ils participent à la promotion de restaurants, de marques de vêtements, d’événements, d’entreprises immobilières, de produits de consommation et parfois même de projets entrepreneuriaux.
L’influence est donc devenue une activité économique.
Reste désormais à savoir si le cadre juridique et institutionnel évoluera au même rythme que cette nouvelle économie.
L’appel lancé sur Le Live TikTok de Yaka Yaka pourrait ainsi ouvrir un débat plus large entre créateurs de contenus, entreprises, consommateurs et pouvoirs publics : comment construire une industrie de l’influence plus professionnelle, plus transparente et plus responsable en Côte d’Ivoire ?

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