Par buzzdici.com | Publié le 27 avril 2025
Depuis la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) en 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, la Guinée a fait le choix remarqué de ne pas rejoindre cette nouvelle configuration régionale, malgré des similitudes politiques avec ces pays. Au lieu de cela, Conakry a réaffirmé son engagement envers l’Union du Fleuve Mano, une alliance plus ancienne et plus adaptée à sa réalité géographique et économique. Quelles sont les raisons stratégiques qui ont motivé ce choix guinéen? Pourquoi l’Union du Fleuve Mano représente-t-elle une meilleure option pour la Guinée que l’AES? Cet article analyse ce choix délibéré et explore comment différentes alliances sous-régionales peuvent coexister au sein de l’espace ouest-africain.
Des alliances aux vocations distinctes
L’Union du Fleuve Mano, créée en 1973, regroupe la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone, auxquels s’est ajoutée la Côte d’Ivoire sous la présidence de Laurent Gbagbo. Cette alliance historique se concentre essentiellement sur la coopération économique et politique entre ces pays côtiers partageant des frontières et des enjeux communs.
En revanche, l’AES, formée en 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, répond à une logique différente. Cette alliance est née d’une volonté commune de faire face aux défis sécuritaires et militaires spécifiques des pays sahéliens, particulièrement marqués par l’insécurité transfrontalière et la menace terroriste. L’AES constitue ainsi une réponse adaptée à un contexte géopolitique particulier.
La Guinée et l’AES : une absence justifiée
La non-participation de la Guinée à l’AES suscite parfois des interrogations, voire des critiques. Pourtant, cette position s’explique par des réalités objectives. Avant tout, la Guinée n’est pas un pays sahélien par sa géographie. Bien qu’elle entretienne des liens historiques et politiques avec les pays du Sahel, notamment à travers des relations bilatérales solides, sa réalité géographique et ses défis sécuritaires diffèrent considérablement de ceux du Mali, du Burkina Faso ou du Niger.
La Guinée a plutôt privilégié son appartenance à l’Union du Fleuve Mano, une alliance qui correspond davantage à sa position géostratégique et à ses priorités de développement économique régional. Ce choix pragmatique illustre parfaitement comment un État peut participer à des alliances spécifiques qui répondent à ses besoins particuliers, tout en restant membre actif d’organisations plus larges comme la CEDEAO.
Un modèle de coexistence éprouvé
L’existence simultanée de l’Union du Fleuve Mano et de la CEDEAO depuis près de cinquante ans démontre qu’une coexistence harmonieuse est non seulement possible, mais bénéfique. L’Union du Fleuve Mano opère efficacement au sein de la CEDEAO sans remettre en question son appartenance à cette dernière. Cette réalité offre un modèle pertinent pour l’AES.
La CEDEAO a prouvé sa capacité à intégrer des sous-groupes régionaux, permettant à ses membres de répondre à des enjeux locaux spécifiques tout en bénéficiant des avantages plus larges de l’intégration régionale : marché commun, libre circulation des personnes et des biens, diplomatie coordonnée, etc.
L’AES peut-elle suivre ce modèle?
Pour l’AES, adopter ce modèle de coexistence serait stratégiquement judicieux. En se concentrant sur les priorités militaires et sécuritaires propres au Sahel, l’AES pourrait renforcer la résilience de ses membres face aux menaces terroristes et aux défis sécuritaires, tout en maintenant les liens économiques et politiques essentiels avec la CEDEAO.
Quitter la CEDEAO, comme certaines voix l’ont évoqué, risquerait d’isoler économiquement le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Une telle décision compliquerait considérablement leurs relations régionales et limiterait leur accès aux opportunités offertes par l’intégration ouest-africaine. En revanche, en s’inspirant du fonctionnement de l’Union du Fleuve Mano, l’AES pourrait concilier son aspiration à l’autonomie en matière de sécurité avec les bénéfices d’une coopération régionale élargie.

Une approche pragmatique pour l’avenir
L’avenir de l’intégration ouest-africaine réside probablement dans cette capacité à articuler différents niveaux de coopération. La CEDEAO, en tant qu’organisation faîtière, peut jouer un rôle de coordination entre ces différentes initiatives, tout en respectant leurs spécificités.
Pour les pays membres de l’AES, cette approche permettrait de développer des solutions adaptées aux défis sécuritaires du Sahel sans s’isoler du reste de la région. Pour la CEDEAO, reconnaître et accompagner ces dynamiques sous-régionales renforcerait sa légitimité et son efficacité.
L’existence de l’Union du Fleuve Mano, démontre qu’il est possible d’avoir des alliances sous-régionales sans rompre avec la CEDEAO. De la même manière, l’AES a l’opportunité de coexister avec la CEDEAO, en se concentrant sur les défis spécifiques du Sahel tout en préservant les avantages de l’intégration ouest-africaine.
Ce modèle de coopération, déjà éprouvé depuis des décennies, pourrait contribuer à renforcer la stabilité et le développement de l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble, sans nécessiter de ruptures institutionnelles potentiellement préjudiciables pour tous les acteurs concernés. La flexibilité et le pragmatisme qui caractérisent l’histoire de la coopération régionale ouest-africaine constituent des atouts majeurs pour relever les défis complexes du présent et de l’avenir.


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